Cette interview a été réalisée à Paris, el 9 de diciembre 2007. Nous avons interrogé le duo de photographes Kempf Maidenberg au sujet de leurs créations, leur vie professionnelle et c'est un peu comme si on avait accés aux coulisses d'une agence parisienne. Le 29 décembre de la même année, ce témoignage fut publié en espagnol sur EX7.
A la question de savoir si les deux membres du duo allaient répondre aux questions, les mots de Michel Maidenberg furent les suivants : "Je réponds seul à cette interview, ce qui ne change absolument rien aux réponses. C'est aussi ça la force d'un duo qui s'est trouvé!"
Pouvez-vous vous présenter pour que nos lecteurs en sachent un peu plus sur votre duo?
Nous sommes un duo de photographes composé d'un directeur artistique et de son ancien professeur de photo. Très vite devenus amis et partageant ce même goût pour le néo-classicisme, nous avons très vite décidé de monter, ensemble, un book de photo. Nos images, nous les préparons et les shootons à deux. Tout c'est très vite enchaîné : choix d'agent, éditos, campagnes de pub, etc. Nous sommes incapables, sur les planches contacts, de savoir auquel appartient telle ou telle image.
D'autre part, nous enseignons tous les deux dans la même école : Esag-Penninghen, Paris. Kempf depuis 31 ans, moi depuis cette année.
Je crois savoir que vous avez étudié la comunication visuelle dans une grande école parisienne. Vous avez même été élève de Roman Cieslewicz, c'est bien ça? Que tire-t-on d'une telle expérience?
En effet, je suis un pur produit de l'École Supérieure d'Art Graphique de Paris (Penninghen). J'y ai rencontré Roman Cieslewicz avec lequel j'ai eu la chance de travailler plus tard et à de nombreuses reprises (L'album des "50 ans du Monde", le musée des droits de l'homme et de la Paix, un numéro entier du Jardin des Modes réalisé ensemble, etc.).
Depuis le décès de cet ami irremplaçable je suis avec sa femme, Chantal Petit-Cieslewicz, un des co-fondateurs de l'association qui porte son nom. Cette association a pour but de perreniser l'œuvre de ce graphiste exceptionnel : expositions (Galerie de France, Galerie Agnès b, donation au musée de Grenoble, etc.), ouvrages divers et catalogues d'exposition.
Avec Roman, mes échanges professionnels furent d'une complicité sans pareil. En effet, celui qui m'a appris à regarder, à synthétiser, avait cette habitude de me téléphoner dès la publication d'un de mes travaux : "Allo, Michael, prêt pour le srtip tease ?". Et là, commençait le cours particulier. Page par page.
Depuis sa disparition, un sentiment de solitude m'a envahi.
Vous nous disiez que vous étiez directeur artistique. Mais, vous êtes aussi photographe. C'est à dire non seulement vous convevez une image ou une ligne sur le papier, mais aussi vous la realisez, c'est bien ça?
Effectivement, mais je ne me permettrais de tout mélanger. Je rentre toujours sur un plateau avec l'une ou l'autre des deux casquettes. C'est aussi la raison pour laquelle je travaille avec deux noms : Michel Maidenberg en direction artistique et Kempf Maidenberg en photo. C'est aussi une évidence pour moi de travailler avec deux agents distincts. Plus simplement, je ne serai jamais le commanditaire du photographe que je suis.
En tant que directeur artistique, quel genre de projets êtes-vous amené à faire?
Aujourd’hui, je suis le directeur de création du Club des Créateurs de Beauté (L’Oréal) pour la France et le Japon. Je viens de co-fonder un nouveau magazine (très « luxe ») dont le second numéro sort le 18 décembre. J’ai réalisé dernièrement 28 films pour le Musée du quai Branly. Je m’occupe de campagnes de publicité (annonces presse et films) pour de grandes agences parisiennes. L’édition de livres et la création de numéros zéros m’occupe le reste du temps. Temps qui commence à me manquer.
Qu'est ce qu'une bonne direction créative?
C'est tout d'abord un concept solide servi par un design à sa hauteur. On trouve le même type de rapport au cinéma. Là, il s'agit d'un bon scénario accompagnés de bons dialogues. Enlevez la qualité du scénario, que reste-t-il? Un pellicule vierge, une page blanche.
Expliquez un peu ce qu'est un concept solide ?
La position du photographe et celles du directeur artistique sont très différentes face à une commande. C’est le second qui, de son rôle de chef d’orchestre, choisit les interprètes (photographes, illustrateurs, maquettistes, etc.). C’est donc à lui, et lui seul qu’incombe la responsabilité du concept.
Un concept solide ? C’est un concept qui répond au mieux à une comande tout en dépassant le «brief marketing», en le sublimant grâce à une interprétation créative qui donne à la marque, au produit, toute sa crédibilité, son authenticité, sa puissance. C’est sa carte d’identité.
Comment y arrive-t-on? Tout le monde peut-t-il créer des concepts valides?
La culture générale, les références et l’expérience sont à mes yeux trois ingrédients indispensables pour arriver à ses fins, en matière de création. Le tout est de se demander «quoi? pour qui? pourquoi?», la réponse se camoufle toujours derrière ses trois mots.
Les réponses seraient-elles les mêmes si je vous demandais pour une direction artistique?
La réponse que je viens de faire concerne plutôt la direction artistique. En photo, les choses diffèrent, évidemment. Les présences de DA, rédactrices de mode ou beauté sur un plateau, sont là pour installer une histoire. C’est au photographe de savoir la raconter. La mise en scène, direction d’acteurs… La marge de manœuvre du photographe n’est jamais la même, elle est fonction de ses interlocuteurs. À lui, bien sûr de savoir imposer ses convictions. Le pouvoir se prend, il ne se donne pas.
Quel types de projets vous intéressent le plus, vous amusent le plus?
Très attirés par les images de beauté, c'est devenu une spécialité. Ce qui ne nous empêche pas de travailler pour des produits de grandes consommation. Dernièrement : une voiture. La mode, la beauté, la cosmétique sont nos sujets privilégiés.
Au contraire, y a-t-il des travaux qu'aujourd'hui vous regrettez d'avoir faits? Ou que vous auriez fait d'une autre manière?
Non, je ne regrette rien. Je revendique tout. De là à dire que je referais tout de la même façon… évidemment non! Les lumières évoluent avec les techniques, les choix de typo et mise en page sont constamment remis en question. Même les castings changent. Les filles d'aujourd'hui ne ressemblent plus à celles d'hier. Et qui va plus vite que le temps ?
Mais c'est aussi ce qui fait la richesse de ces métiers de création. L'éternel "faire et défaire" est la seule manière de faire évoluer une production.
Y a-t-il un projet dont vous gardez un souvenir spécial ?
En photo, c’est le jour où le client m’a fait travailler sur une maquette dont j’avais réalisé l’image représentée. Je devais me copier sans que ça ne se voit.
En tant que DA, c’était une position très inconfortable : je me retrouvais en compétition contre moi-même travaillant pour deux agences en compétition sur le même budget. Évidemment, j’avais mis tout le monde au courant. Aucune des deux agences n’a pris la décision de me remplacer. Soit...
Sur quels projets vous travaillez actuellement? Maintenant qu'on se rapproche des fêtes de Noel, cela doit être enormément de travail, non?
En ce moment, en photo, nous réalisons des productions pour une nouvelle revue ainsi que des portraits de créateurs pour le groupe L'Oréal. Par contre, tout le travail concernant la période de Noël est déjà dans la boîte depuis quelques mois. Les modèles partent en vacances, les labos et studios ferment. En fait, c'est comme une période de vacances forcées qui s'installe pour les photographes.
Quelle importance donnez-vous au web, et plus particulièrement par rapport à la photographie, que pensez de ce support?
Le web est aussi un support idéal pour commencer à montrer son travail : sites, slide shows, etc.
C'est la plus grande galerie au monde. Cela dit, un tirage sera toujours irremplaçable. Sa lecture en est plus fine, plus intime. Le succès annuel et grandissant de Paris Photo est là pour nous le rappeler.
À propos de vos photographies, on peut remarquer que les modèles sont tous féminins. Est-ce le marché qui veut ça? Est-ce un choix personnel?
Bien sûr, des femmes uniquement! Entre les tablettes de chocolat de mâles trop bien entretenus ou le visage d’un ange, aucune hésitation. Il m’arrive de faire des portraits masculins (dernièrement Jean-Marc Barr), mais là c’est ce que l’on appelle des « personnalités ».
Quelle proportion de votre temps de travail passez-vous en studio, derrière la caméra?
Pas assez. En effet, la direction de création représente encore plus de 90% de mon temps. Je mets tout en place pour shooter plus : changement d’agent en perspective. C’est une décision professionnelle beaucoup plus facile à prendre que de faire la démarche humaine qu’elle accompagne.
Combien de temps passe t-il entre la remise d'un brief et la satisfaction de voir son travail dans un magazine, et quelles sont les phases que vous préférez au long de ce processus?
Le timing est très variable suivant qu’il s’agisse d’une publicité ou d’un rédactionnel. En France, les durées moyennes sont de 4 à 6 mois pour une publicité et 1 à 2 mois pour un magazine.
Sans aucune hésitation, et même s’il s’agit du moment le plus éprouvant, la séance sur le plateau reste pour moi l’instant magique. Un pari à tenir en se faisant plaisir.
Pour arriver à ce niveau de perfection dans vos photographies, combien de personnes participent au projet?
Je fais tout pour que l’équipe soit toujours la plus souple, la plus réduite possible. Un coiffeur, un maquilleur (si possible, un coiffeur – maquilleur), une styliste (en fonction de l’image à produire), l’assistant plateau (fourni par les studios) et bien sûr : mon partenaire. Plus tard, mon retoucheur favori prendra le relais à mes côtés.
Avez vous des influences particulières, au delà de la relation avec Cieslewicz, que vous nous commentiez auparavant?
Je me sens influencé par le quotidien. C’est pour moi la seule façon de continuer à apprendre à regarder.
Vous disiez que la beauté et le luxe étaient vos secteurs de prédilection. Vous avez la sensation que ces domaines laissent plus de liberté ?
Quel est le secteur qui, selon vous, permette d’embellir la femme, la sublimer? Oui, il est évident que pour un produit de maquillage, un parfum, on attendra de vous d’aller le plus loin possible. De surprendre. Pourtant, j’adore les petits pois, mais là, c’est presque un autre métier.
Liberté ? Les contraintes sont innombrables. C’est à chacun de savoir les repousser le plus loin possible. Je ne parlerais pas ici de liberté mais de laboratoire.
Quels conseils pourriez vous donner à quelqu'un qui souhaite progresser dans cette profession?
Produire et échanger.
Pour terminer, vous n'êtes pas tenté de vous dédier à la photographie plutot qu'à la publicité?
Tant que les deux activités m'amuseront, la question ne se pose pas.
Enchantée d'avoir passé un moment avec vous, merci beaucoup pour votre temps et disponibilité, si vous voullez ajouter quelque chose, n'hésitez pas...
Marcel Duchamp a dit : "si la tête est ronde c'est pour permettre à la pensée de changer de sens".
Merci de votre temps. Je pars faire des ronds.
M:M
